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Actualités 12 juin 2018

Accueillir des migrants aussi par solidarité avec d’autres maires



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Question délicate que celle de l’accueil de ces populations contraintes de fuir un pays en guerre ou en crise. Quelle réponse y apporter quand on est élu d’une collectivité française ? Certains se sont vus imposer le choix des services de l’Etat, d’autres se sont portés volontaires. C’est le cas de Nicolas Gamache, maire de Coutières en Deux-Sèvres, 184 habitants.

Nicolas Gamache est maire de Coutières depuis 2008, il est aussi Conseiller régional. « Quand Adèle, mon épouse, a été recrutée au CPIE de Gâtine Poitevine (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) au début des années 2000, nous avons découvert Coutières et j’ai tout de suite aimé ce petit territoire de gâtine. Nous-nous y sommes installés et je suis devenu maire. » Géographe de formation, il est très attaché à l’environnement, sa préservation. Très impliqué dans la vie associative locale, il confie que c’est par conviction qu’il a engagé ce processus d’accueil de migrants dans sa commune. « Mes motivations sont humanistes et aussi empreintes de solidarité avec la maire de Calais notamment. Quand j’ai envisagé ce projet, j’ai organisé une réunion publique avec les élus et les habitants. Il y a eu des oppositions, des craintes aussi exprimées par certains et puis l’éternelle question : qui va payer ?
Il se trouve qu’à Coutières, nous avions des locaux aménagés en logements pour les étudiants de l’IFFCAM (Institut francophone de formation au cinéma animalier de Ménigoute). Deux sur trois étaient vacants. De quoi héberger une petite dizaine de personnes. Autre atout : nous pouvions compter sur la solidarité locale. Nous avons d’ailleurs pu tester cette efficacité car j’ai porté la candidature de Coutières à l’accueil de migrants auprès de la préfecture en 2016. Nous avons été prévenus le vendredi d’une première arrivée le lundi. La solidarité a fonctionné avec des dons de mobilier, électroménager… pour qu’ils puissent être logés décemment.
 »

La cadre est idyllique, en pleine nature, dans ce petit village animé par l’activité pédagogique du CPIE et de l’IFFCAM, mais Nicolas Gamache confie que cette démarche mobilise beaucoup d’énergie : « Quand les premiers migrants sont arrivés en novembre 2016, c’était en bus, ils venaient de Paris où leur campement avait été détruit. Ces jeunes hommes, tous Soudanais, n’avaient qu’une envie : repartir. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont fait, à pieds avec leur valise. J’ai pris ma voiture pour les rattraper et les convaincre de rester au moins un jour ou deux. Petit à petit, ils ont pris leurs marques. Quand ils ont été transférés au nouveau centre d’hébergement de La Crèche, c’est avec beaucoup de tristesse qu’ils sont partis. Ici, c’est la campagne, ils peuvent profiter des espaces naturels auprès du logement, dès que j’ai des opportunités pour les emmener à des manifestations sportives ou autres, je le fais. La municipalité a racheté une petite maison à proximité. Nous l’avons aménagée en salle de musculation, leur mettons à disposition des vélos. Un chantier solidaire avec des étudiants et ces jeunes migrants est envisagé pour la rénover. Par contre, il ne faut pas que j’oublie les autres habitants de la commune, il faut être attentif à tous. »
En attente de l’examen de leur situation, ces migrants vont passer plusieurs mois à Coutières. Les autorités leur demanderont de raconter leur histoire pour examiner le risque réel dans leur pays d’origine. « Tous n’auront pas leurs papiers pour rester en France » ajoute Nicolas Gamache « mais parmi les Soudanais accueillis en premier, l’un d’eux, ingénieur dans les télécoms, a pu s’installer à Niort, il cherche du travail. Des cours de français leurs sont dispensés, ils apprennent vite… et nous, on apprend à leur contact quelques mots, leurs traditions, l’échange nous enrichit. »

Cécilia Rochefort

Légende photo : Aujourd’hui, et depuis septembre 2017, ce sont essentiellement des Afghans qui sont hébergés à Coutières. Ils posent avec Nicolas Gamache (à droite), ses deux enfants et Adèle Gamache, directrice du CPIE.

Cet article est à retrouver dans le dossier collectivités de notre magazine trimestriel (en savoir plus : cliquez ici)



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